“Travail à domicile” ou “Domicile au travail” ? #confinement

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Réflexions et Conversation d’une DRH et d’un Coach, tous deux thérapeutes, autour d’une bascule sociétale de l’organisation du travail.

 

Emmanuel FM : Depuis le début de ce confinement, que l’on soit réticent au télétravail, ou un fervent défenseur de ce mode de travail, d’un coup la donne à changé. En dehors des professions qui n’ont aucune possibilité d’exercer leur métier chez eux, sans recevoir physiquement du public ou à construire des biens matériels, tout le monde a dû s’adapter.

 

Ce n’est pas qu’une bonne nouvelle. C’est à coup sûr une nouvelle ère qui s’annonce, il y aura un avant et un après, impossible maintenant de dire que ce n’est pas possible, que ce n’est pas efficace, nous assistons à l’inversion de la normalité dans la répartition entre la vie intime et la vie au travail.

 

Emmanuelle N : Se pose la question des frontières entre l’activité professionnelle et la vie personnelle. Hors télétravail, c’est facile, la frontière c’est le déplacement, que ce soit en métro, en vélo, en voiture (électrique bien sur) ou à pied. C’est une frontière-espace et une frontière-temps qui ne permet pas le mélange de l’espace-temps travail et de l’espace-temps perso. Pour beaucoup, ce temps est nécessaire pour opérer la bascule cognitive qui permet la centration sur l’activité : je “laisse” le travail au travail et les soucis perso à la maison. 

 

En télétravail, cette frontière espace-temps n’existe plus, pas de manière tangible, et les risques sont multiples : empiètement voire invasion (le travail prend de l’espace réservé ordinairement à ma vie perso), contagion (le travail continue de “tourner” dans ma tête même après avoir fermer mon ordinateur), confusion (les activités ne sont pas délimitées et se chevauchent sans cesse, en particulier en présence d’enfants).

 

C’est à nous de recréer une frontière espace-temps. Une frontière, c’est une barrière, c’est aussi un point de passage, que nous pouvons donc réguler, comme un douanier. A nous de trouver des rituels qui nous permettront de marquer cette frontière, parfois de la fermer. 

 

Emmanuel FM : Effectivement, j’ai déjà abordé cette répartition territoriale, et quelques règles à mettre en place pour éviter que les conflits ne s’ancrent dans le quotidien. Ce qui me paraît singulier ici, c’est l’inversion de la normalité, de l’empiètement … Comme beaucoup d’autres personnes, et même si nous ne confinons pas ensemble, nous constatons des effets semblables ; l’intensité de notre travail, la concentration, se conjuguent assez mal avec une vie de famille, les devoirs les enfants, l’intendance, et ne pas négliger non plus l’impact psychologique d’un confinement prolongé.

 

Le domicile et toutes ses contingences s’invite au travail, dans les réunions et/ou entretiens en visios, il n’est pas rare d’entendre un bruit de casserole qui tombe, un enfant qui pleure, le chien qui attend l’attention de son maître ou mieux encore le chat qui s’installe copieusement sur le clavier !!! et je ne parle la que de ce qui est soft.

 

La normalité est ce domicile, lieu devenu permanent, et comme tu disais cette frontière si difficile à mettre en oeuvre physiquement, change totalement et bien plus profondément que l’on pense notre rapport au travail. Ma conviction est que c’est un point de non retour avec près de 2 mois de confinement stricte, et sans doute une période prolongée plus floue.

 

Emmanuelle N : le changement que j’y vois déjà, c’est l’humanisation des relations entre collègues. Ces irruptions impromptus dans les “call” ou les visio nous donnent à voir l’intime de notre collègue, et l’on se confie un peu sur notre environnement “c’est mon chat”, “c’est mon garçon”, “ah oui il a quel âge?”. 

Et puis souvent, lorsqu’on commence un échange, on prend d’abord des nouvelles de l’autre, comment il vit cette période, et là aussi ce sont parfois des choses personnelles qui se partagent, qui en temps habituel ne sont pas toujours partagées. Cela crée un lien particulier avec nos collègues, notre équipe. 

On est un peu chez eux, ils sont un peu chez nous ! Je sens que lorsque je vais retrouver mon équipe, il y aura quelque chose de cette proximité qui restera entre nous. 

 

Emmanuel FM : En fait, j’ai pu m’apercevoir dans mon entourage, que les inégalités s’étaient accrues véritablement dans le cadre du travail au domicile, notamment entre les hommes et les femmes. Surtout chez les cadres dirigeants que je côtoie le plus. Les hommes qui sont à ces postes là sont souvent dégagés des responsabilités et ne se préoccupent pas nécessairement des problématiques d’intendance. Très souvent ils ont de la place chez eux, ou même ont pu partir dans leur maison de campagne, et enfermés toute la journée ne sont que peu dérangés. 

Même si ce n’est pas la situation la plus agréable, que dire des cadres moyens, qui n’ont pas de maison de campagne, un appartement en ville rationnel, fonctionnel et rarement spacieux, lumineux et avec des extérieurs. Je ne parle même pas de ceux qui commencent leur carrière ou les étudiants qui logent dans des logements particulièrement étroit où d’habitude ils ne passaient que leurs nuits … 

 

Ceci dit, un des bénéfices secondaires, c’est qu’il y a une prise de conscience de ces inégalités, une prise de conscience de ces contingences, et quelque part c’est forcément une avancée. 

 

Ce qui me frappe le plus, c’est que pour le moment, peu d’entreprises, et peu de dirigeants ont pris conscience que nous ne pourrons jamais revenir comme avant. Personne à ce jour ne sait quel impact réel cette crise sanitaire et bientôt économique va avoir sur tout une génération. Nous n’avons pas fini d’en parler !!!

 

A nous de faire en sorte que cet impact, cette transformation forcée deviennent vertueuses, positives et que l’ensemble de l’humanité replace ses priorités à leur juste place. Bon je te l’accorde c’est un brin utopiste.

 

Emmanuelle N : je pense que la prise de conscience d’un point de non-retour, et d’un après qui ne sera plus jamais comme avant est en train de se faire. Elle se fait dans l’incertitude de ce à quoi ressemblera cet après, incertitude qui peut générer de l’angoisse. Et je suis d’accord avec toi, c’est aussi l’occasion de redessiner, de se questionner sur nos gros cailloux, nos essentiels, et comment nous avons envie de vivre cet après. 

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